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Du vendredi 5 au dimanche 7 juin 2009, Estuaire signait le retour d’une nouvelle création de la compagnie de théâtre de rue Royal de Luxe. Pendant trois jours, Jean-Luc Courcoult, auteur et metteur en scène, nous a fait partager de nouveaux moments de vie du Géant et de sa nièce, la Petite Géante…

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L’histoire de Royal de Luxe se place dans la droite lignée de Mai-68 et du refus des traditions aboutissant à une autre conception de la création. A la fin des années 70, alors que surgissent des « villes nouvelles » du côté de Saint-Quentin-en-Yvelines ou Marne-la-Vallée, s’élabore une réflexion originale sur l’espace urbain et sa reconquête menée, entre autres, par Michel Crespin. Comme toute une génération de « cogne trottoirs » et de saltimbanques qui vont donner naissance à Délices Dada ou Ilotopie, Royal de Luxe participe à ce mouvement jusqu’à en devenir emblématique.

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Royal de Luxe est constitué en 1979 à Aix-en-Provence, mais s’installe rapidement au hameau de La Taule, entre Saint-Jean-du-Gard et L’Estréchure, petite commune cévenole, autour de Jean-Luc Courcoult, étudiant en rupture avec le système d’enseignement académique. Les débuts de l’équipée sont presque banals pour une compagnie de rue : pas de chauffage, pas d’argent, pas de brillants antécédents. Mais les contraintes engendrées par le manque de moyens stimulent l’imaginaire des membres de la compagnie qui possèdent un certain goût pour le travail collectif, la récupération et le détournement des objets du quotidien. Baignoires, aspirateurs, lits s’animent et deviennent les protagonistes d’un monde extra-ordinaire. Royal de Luxe commence à se distinguer par ses perturbations de l’espace urbain et la remise en question des conventions qu’il occasionne. C’est l’époque des Mystères du grand congélateur (1980), du Bidet cardiaque (1981), Publicité Urbaine et La demi-finale de Waterclash(1982). 

La troupe quitte St Jean du Gard fin 1984, pour squatter un château près de Toulouse. La municipalité tolère l’occupation des lieux mais n’accorde aucune aide financière. Le Royal continue son exploration de différentes formes de théâtre de rue : spectacles de 15 minutes (La demi-finale de Waterclash), spectacles déambulants (La péniche sur les boulevards de Toulouse), occupations-spectacles d’un lieu (La maison dans les arbres) et surtout travail sur la rencontre avec le public, tous les jours à la même heure, au même endroit, sans communication préalable (Desgarones, rituel sur les mises à mort de voitures). La troupe commence à se construire un réseau de diffusion à l’étranger, notamment grâce au succès de Parfum d’amnésium (créé en 1987 et mieux connu sous le nom de Roman-photos).

 

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"La Géante du Titanic et le scaphandrier"

"La Géante du Titanic et le scaphandrier"

La même année, l’Agence Française d’Action Artistique du ministère des Affaires étrangères lui confie une mission d’ambassade artistique au Maroc qui s’avèrera décisive pour l’ascension institutionnelle de Royal de Luxe.

En 1989, la mairie de Toulouse lui refusant encore et toujours son soutien financier, Royal de luxe lance un appel dans la presse nationale, certain de pouvoir recevoir ailleurs un meilleur accueil. C’est le maire de Nantes qui s’empresse d’y répondre et lui met à disposition un hangar de 10 000 m².

"La Géante du Titanic et le scaphandrier"

Là, commence la création d’un spectacle qui marque un tournant pour la compagnie : La véritable histoire de France. Ce spectacle est présenté pour la première fois à Avignon sur la place du Palais des Papes en juillet 1990, avant de tourner dans dix villes coproductrices, puis en Europe en 1991.

1992 est une année faste, puisque l’équipe traverse l’océan Atlantique à destination de l’Amérique du sud, à bord d’un cargo en compagnie du groupe la Mano Negra, du chorégraphe Philippe Decouflé et du marionnettiste Philippe Genty. Tous sont représentatifs de la même vague artistique anticonformiste, et boulimique d’univers merveilleux. C’est l’opération Cargo 92, anniversaire anti-conventionnel de la découverte des Amériques. Cette épopée est elle aussi cofinancée par la ville de Nantes. Une de ses rues est reproduite à l’identique à bord du bateau par les soins de Royal de Luxe. La véritable histoire de France est jouée sept fois dans des ports de la façade atlantique de l’Amérique latine.

Cette même année, le Royal se voit attribuer le statut de compagnie « hors commission ». Cela lui garantit l’attribution de subventions directement négociées avec l’État, en sautant l’étape tant redoutée par les compagnies : l’avis annuel de la commission des experts.

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De retour d’Amérique latine, la compagnie s’enferme quatre mois pour créer un spectacle très particulier, Les embouteillages, où une vingtaine de véhicules parcourent la ville dans les embouteillages entre 7h30 et 9h, baladant des images insolites. Ce spectacle est organisé sans aucun rendez-vous avec le public, sans plan de communication préalable, ce qui deviendra l’une des grandes particularités de Royal de Luxe. C’est aussi le cas pour Le Géant tombé du ciel, une création qui prend possession de la ville du Havre en 1993. Pour la première fois, raconter une histoire à une cité entière devient une réalité, jusqu’à ce que la population ne perçoive plus cela comme un spectacle avec un début et une fin, mais comme une autre réalité qui s’impose simplement à elle. Le géant voyage durant toute l’année 1994 : à Calais pour l’ouverture du tunnel sous la Manche, à Nîmes, à Nantes et à Bayonne. Sa visite, aussi bien impromptue qu’émouvante, se soldant systématiquement par un triomphe, le Royal s’engage dans d’autres aventures dans cette lignée.

Après voir créé et présenté une quarantaine de fois à partir de 1995, Le Peplum, (peplum pharaonique théâtral et parodique), la compagnie s’engage en octobre 1997 dans une aventure théâtrale au Cameroun. Royal de Luxe et le Géant reviennent de ce voyage en 1998, accompagnés d’un enfant noir de six mètres de haut. Les visites du Géant et de son jeune ami s’inscrivent dans la continuité narrative de leurs péripéties respectives, en France et au Cameroun. Royal de Luxe ne s’enfermant pas dans la surenchère du gigantisme, il revient en 1999 avec le spectacle plus léger Petits contes nègres, titre provisoire.

Mais en août 2000, la compagnie reprend ses pérégrinations dans l’infiniment grand en lâchant des girafes d’une dizaine de mètres de hauteur dans les villes du nord de la France.

Depuis Royal de Luxe promène ses spectacles dans le monde et en France notamment à Nantes où chacun de ses passages apporte beaucoup de magie et d’imaginaire dans le quotidien.

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